L’aidant devrait-il être de préférence un professionnel, avec la posture et la distance qui va avec

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J’entendais récemment évoqué un homme en situation de handicap qui confiait que sa plus grande souffrance était que les seules personnes venant le voir étaient payées pour cela … A quelques jours d’intervalle, je discutais avec une retraitée qui me disait combien il lui était plus facile, en tant qu’aidante professionnelle, de s’occuper de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer que de sa propre mère, elle aussi touchée par la maladie. Ces deux personnes abordent des questions difficiles, sans réponse évidente, car chacun d’entre nous est unique dans sa manière d’être à l’autre et dans ce qu’il attend de cette relation à l’autre.

L’aidant devrait-il être de préférence un professionnel, avec la posture et la distance qui va avec ?
Le cadre fondateur d’une relation d’aide doit-il être la rémunération ? Un proche aidant, qui partage un vécu commun avec l’aidé, est-il à même d’avoir la distance nécessaire ? Le professionnel, qui ne connaît rien de l’histoire ancienne, intime, de la personne, est-il à même de la comprendre ? L’amitié et l’amour constituent-ils la meilleure des formations humaines ? Il serait possible de faire une longue liste de questions car si le fonctionnement d’une relation entre deux personnes d’autonomie égale est déjà chose compliquée, celle qui en réunit deux dans un rapport inégal est bien plus délicate. Mais là encore, se trompe t-on ? Le rapport de dépendance est peut-être plus réciproque qu’il n’y paraît. La vérité est bien là : dans toute relation, l’un n’existe pas sans le regard de l’autre. Ce que l’on projette ou que l’on souhaite voir dans le regard de l’autre est un paramètre important de la relation.

L’amour et la gratuité sont-ils garants d’une relation respectueuse, honnête et bienveillante ?
Revenons à cet homme évoqué plus haut. En se plaçant de son point de vue, on comprend son douloureux sentiment d’abandon et de solitude, sa nostalgie de relations amicales, chargées de réciprocité. Mais, est-il inéluctable qu’une relation d’intérêt ne puisse pas être une relation respectueuse, honnête et bienveillante. A l’inverse, une relation amicale peut-elle forcément s’exercer dans le cadre d’une relation de soins ? Et si on pousse plus loin, l’amour et la gratuité sont-ils garants d’une relation respectueuse, honnête et bienveillante. Dans l’amour, des rapports de force terribles peuvent aussi se nouer. Dans la gratuité, des sentiments très ambivalents peuvent s’exercer. L’amour et la gratuité n’empêchent pas toujours la domination, le chantage, le non dit… En se plaçant à présent du point de vue des aidants payés pour aller « prendre soin » d’une personne, peut-être entendrait-on que cette rémunération n’empêche pas l’authenticité de la relation, et pourquoi pas l’attachement.

Entre frustration et gratitude ?
Revenons aussi à notre jeune retraitée, à la fois aidante professionnelle et familiale ; elle nous montre que la gratuité (elle est bénévole) ne retire rien au professionnalisme mais qu’en revanche, le professionnalisme souffre d’une trop grande intimité avec la personne, sa mère en l’occurrence. Elle dit combien elle trouve la sérénité d’un côté et le tourment de l’autre ; la satisfaction d’aider des personnes d’un côté, la frustration de ne pas savoir comment s’y prendre avec sa mère de l’autre ; les remerciements et gestes de gratitude d’un côté, l’énervement et le reproche de l’autre. Le don de soi, l’altruisme, l’empathie peuvent prendre des formes différentes. Peu importe les modalités qui la régissent tant que les personnes vivent une relation équilibrée. Ce sont finalement les personnes (et leurs qualités) derrière le salarié, derrière le bénévole, derrière le professionnel, derrière le proche, derrière l’aidé… qui paveront cette relation d’intentions et contribueront à sa valeur.

Les amis du jeune homme avaient peut-être déserté une relation nouvelle qu’ils ne savaient pas gérer tant elle les affectait, tant elle les submergeait. Cela n’enlève rien à la tristesse de cette désertion mais permet de l’envisager autrement, moins comme une trahison que comme un manque de confiance dans leurs propres ressources. Quant à notre jeune retraitée, aussi compétente soit-elle dans une relation d’aide, elle n’en est pas moins l’enfant de cette mère. Sa maturité et son professionnalisme ne change pas cette donne de départ. Qu’il est difficile d’aimer, conjoint, enfant, ami, proche… dans l’épreuve de l’autre et la confrontation à soi-même. Mais quel beau défi que de vaincre ses propres peurs.

Nathalie Cuvelier
Son blog: “les interviews de Nathalie”

Un commentaire

  1. Hors commentaire :
    Ma question va sans doute paraître abrupte mais j'ose néanmoins espérer qu'elle sera publiée.
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    Bonjour,
    Peut-on concrètement se poser la question ainsi quand on sait que :
    * pour les personnes handicapées de moins de 60 ans
    2/3 heures aidants familiaux - 1/3 heures de professionnels et autres aidants
    base bénéficiaires PCH ( drees page 5 ) :prestataires ». Etudes et Résultats n° 829 publié en janvier 2013.
    * pour les personnes âgées de plus de 60ans
    2/3 heures aidants familiaux - 1/3 heures de professionnels et autres aidants
    - base bénéficiaires APA (Fin de l'annexe 6 du rapport du haut conseil de la famille de juin 2011):
    http://www.hcf-famille.fr/IMG/pdf/ANNEXES-17juin.pdf

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