Le témoignage touchant d'une aidante sur sa mère atteinte de la Maladie d'Alzheimer à l'occasion d'un rendez-vous raté chez le coiffeur

Coiffeur

Le témoignage d’une aidante sur sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer :

Maman a les cheveux qui repoussent vite ! J’appelle la coiffeuse qui s’occupe d’elle depuis vingt ans. Pour la première fois, elle ne me rappelle pas pour fixer le rendez-vous. A sa dernière visite, j’ai senti que c’était de plus en plus dur de coiffer maman. Mais elle ne m’a rien dit ouvertement, ce que j’aurais préféré. Emmener maman chez le coiffeur n’est plus possible, je le sais d’expérience. 
Parce qu’il le faut, je prends les ciseaux et je fais de mon mieux, juste ce qui dépasse. Et soudain je me rappelle que ma petite cousine est coiffeuse. Alors je tente ! Elle est ravie de venir rendre service. Je la préviens cependant des difficultés récentes rencontrées par la coiffeuse attitrée de maman. Le jour J, maman est contente de la voir arriver accompagnée de ses jeunes enfants. On papote en famille autour d’un café et maman n’a d’yeux que pour les enfants…

Enfant thérapie
Je lui lave la tête, tout se passe gentiment, pas de nom d’oiseaux dans l’air. Ma petite cousine s’active, maman l’écoute. Elle regarde ses cheveux tomber au sol. Soudainement elle bouge, l’expression de son visage change. Je sais maintenant ce qui va se passer. Je demande à ma cousine si elle a bientôt fini et, heureusement, en deux coups de ciseaux, c’est fait. Mais maman est dans sa colère, elle se lève, pleure, veut partir. Ma petite cousine est désemparée même si je l’avais prévenue bien sûr. Il faut vivre la situation pour la comprendre. Je m’apprête à gérer le retour au calme de maman comme j’en ai pris l’habitude quand le petit bout de trois ans, qui a tout vu, nous rejoint et prend sa main. Et là, ce contact de réconfort l’apaise, je m’écarte et j’observe.

Sourire
Ce n’est pas moi qui l’ai calmée cette fois-ci, c’est ce petit bout haut comme trois pommes. Ma petite cousine a les larmes aux yeux. Voilà, elle a vu un des visages de la maladie quand elle s’invite. Maman sourit à nouveau, rien ne s’est passé pour elle. C’est désarmant !

Le regard des autres
Je dois m’absenter et ma petite cousine propose de rester auprès d’elle. Pendant mon absence, l’invitée s’est tenue tranquille, le petit bout a su s’en occuper : jeu, coloriage, chatouilles, rires, de la spontanéité sans arrière pensée. Ma petite cousine m’a demandé si la maladie pouvait emporter sa tante. Là, j’ai vu qu’elle n’avait pas vraiment réalisé qui était l’invitée, de quoi elle était capable. Alors j’ai employé des mots doux pour le lui expliquer. Je lui ai dit de regarder sa tante comme elle l’a toujours regardée et d’être elle-même. Puis je lui ai demandé si elle reviendrait lui couper les cheveux… Ce qu’elle fera si elle apprend à mettre à distance cette invitée indélicate à l’humeur changeante.

Notre porte a toujours été ouverte à nos proches mais la franchir aujourd’hui suppose de faire un effort de compréhension et d’acceptation.

Témoignage d’aidant adapté par Nathalie Cuvelier.

Un commentaire

  1. merci pour se témoignage.c la réalité et c important de montrer comment ses actes du quotidien peuvent devenir si compliqué. et le + difficile, c'est que le malade ne se souvient de rien quelques instants aprés.

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