Le portrait de Anne Flore Baudel, socio-esthéticienne dans un service hospitalier d’onco hématologie

Une parenthèse dans un parcours très médicalisé - Aidant attitude

Anne Flore Baudel est socio-esthéticienne dans un service hospitalier d’onco hématologie. Ce service accueille des patients sur la journée pour leurs séances de chimiothérapie. Dans une chambre transformée en cabine de soins, Anne Flore procure à ceux qui le souhaitent une écoute différente et des pauses de bien être pendant la durée de leur traitement.

Expliquez-nous le métier de socio esthéticienne ?
C’est la pratique professionnelle des soins esthétiques auprès de personnes fragilisées par une atteinte physique ou psychique (maladie, accident, vieillesse, handicap…) ou par une situation de détresse sociale (problème d’insertion, détention…). Nous recevons une formation complémentaire(1) pour nous adapter aux contraintes spécifiques du milieu médico social, notamment le travail en équipe pluridisciplinaire. Nous devons être en mesure d’assurer une écoute complémentaire de celle de l’équipe médicale, de proposer des soins adaptés à l’état de santé des patients et de les aider à s’approprier une nouvelle image d’eux-mêmes.

Comment les patients entendent-ils parler de vous ?
L’infirmière d’annonce chargée de leur expliquer le protocole de soins et les effets secondaires du traitement leur présente également les différents intervenants : psychologue, diététicienne, assistante sociale… socio esthéticienne. C’est pour les patients plus âgés, peu habitués aux soins esthétiques, que le pas est parfois dur à franchir. Pourtant, une fois franchi, ils sont très sensibles aux massages des mains par exemple. Les plus jeunes femmes, souvent traitées pour un cancer du sein, sont en demande de conseils. Elles savent par quelles étapes elles vont passer et elles veulent être préparées et développer de petites stratégies pour se sentir mieux. J’ai un patient qui a mis plus d’un an à accepter des massages. Aujourd’hui, il a acheté une table de massage, appris quelques massages très doux et il masse son épouse également malade.

De quoi parlent-ils avec vous, quelles sont leurs principales préoccupations, qu’attendent-ils de ces soins ?
Les effets secondaires des chimiothérapies sont nombreux et différents en fonction des protocoles choisis. Mais la plupart ont des nausées, des problèmes dermatologiques, des neuropathies, des troubles du sommeil, de l’appétit et bien sûr des pertes de cheveux qui sont très mal vécues par les femmes, une grande partie de leur féminité s’envole, mais aussi par les hommes.. Ce qu’ils viennent chercher avant tout, c’est une écoute non médicale sur des choses qui comptent à leurs yeux. Des choses qu’ils ne diraient pas forcément aux médecins mais qu’il est parfois intéressant de retransmettre à l’équipe. Apprendre à se dessiner des sourcils, c’est retrouver une part d’expressivité pour dire la joie ou la colère. Accepter un massage, c’est déjà relâcher beaucoup de tensions. Les patients sous estiment souvent le bien être apporté par un massage. Ce qu’ils attendent aussi tout simplement de ses soins, c’est une parenthèse dans un parcours très médicalisé. C’est pour cela que j’ai souhaité que la salle ressemble à une cabine de soins et pas à une chambre d’hôpital.

Rencontrez-vous les aidants familiaux ?
Oui et eux aussi auraient besoin de soins… Mais s’ils sentent que leur proche est bien pris en charge et qu’il reçoit des soins de confort, l’effet est bénéfique sur eux. J’ai connu un patient de nombreuses années en hôpital de jour. Lorsqu’il s’est retrouvé dans le coma en soins palliatifs, la famille m’a demandé de lui faire un massage. Je crois que c’était un moyen de prolonger le contact avec lui, de ne pas le perdre tout à fait. L’importance du toucher dans un environnement hospitalier est considérable. Il m’est déjà arrivé d’aller masser un malade en chambre stérile. Vous imaginez-vous, pendant une période parfois longue, être coupé de tout contact physique ?

Ses soins peuvent-ils se poursuivre au domicile ?
Non, pas forcément. Certaines socio esthéticienne exercent en HAD mais elles ne sont pas nombreuses. La période d’après le traitement n’est pas toujours facile pour les patients. Quand la chimio s’interrompt, toute la prise en charge s’arrête. L’éducation thérapeutique faite pendant le traitement est d’autant plus importante. J’ai vécu une expérience merveilleuse avec une jeune femme tout juste remise d’un cancer du sein que j’ai aidé à préparer un entretien d’embauche. C’était tellement positif de l’encourager à se projeter dans l’avenir avec une nouvelle image assumée d’elle-même.

(1) Le CODES (Cours d’Esthétique privé à option humanitaire et sociale), du CHRU de Tours, prépare au diplôme de socio-esthéticienne.

Propos recueillis par Nathalie Cuvelier

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