Annette, auxiliaire de vie sociale, a un rôle essentiel : veiller, écouter, réconforter et parfois donner l’alerte

Auxiliaire de vie

Auxiliaire de vie sociale, Annette aide des personnes âgées dans leur vie quotidienne (1) depuis plus de 8 ans. Aux côtés de Jeanne qui, en fauteuil roulant, a besoin d’elle pour se lever, se coucher, faire sa toilette et préparer ses repas ou auprès de la dizaine de personnes qu’elle accompagne tous les jours, Annette a un rôle essentiel : veiller, écouter, réconforter et parfois donner l’alerte.

Annette travaille dans une Association de Soins et Services à Domicile. De 7h à 13h ou de 14h à 20h, elle enchaîne les domiciles, le regard sur sa montre pour respecter les horaires donnés. Elle essaie de concilier le temps dont elle dispose et le besoin de présence et d’écoute qu’elle ressent chez les plus isolés. « On me donne, en fonction des situations, entre 30 et 45 minutes pour faire une toilette ou un repas mais les personnes veulent aussi s’asseoir avec quelqu’un en face d’eux, pour parler, tout simplement… Elles essaient de me retenir mais si je prends du retard, d’autres vont s’inquiéter de ne pas me voir arriver à l’heure. »

Course contre le temps

Pour faire au mieux dans le temps imparti tout en ménageant les plus dépendants, il faut avoir su développer une relation de confiance, une bonne connivence et une pratique efficace du lève malade. « J’ai mes petits trucs, je vais insister sur le shampoing un jour, les jambes le lendemain ; improviser un petit déjeuner dans la chambre pour limiter les déplacements. » Elle essaie lors des repas de ne pas donner la béquée aux personnes pour aller plus vite, surtout si ces dernières sont encore capables de porter les aliments à leur bouche. « Si elles étaient seules, elles ne mangeraient qu’une ou deux bouchées puis s’endormiraient. Je les stimule par ma présence. »

Sens du contact

« Quand on arrive pour la première fois au domicile d’une personne, on ne connaît rien d’elle et de ses habitudes. On appelle éventuellement ses collègues, on voit ce qui est écrit sur le cahier de liaison, les échanges avec la famille, le médecin, les infirmières et, surtout, on écoute… Les personnes âgées aiment parler de leurs souvenirs. A nous de repérer ce qu’ils aiment encore faire, ce dont ils ont besoin. On apprend vite à les connaître, à ne rien leur imposer, à attendre que ça vienne d’eux et à sentir quand ça ne va pas. Il faut avoir de la ressource, savoir donner l’alerte à la famille puis, éventuellement, au médecin. » Annette a un sens indéniable du contact avec les personnes âgées. « J’aime rigoler avec elles, les mettre à l’aise pendant leur toilette, chanter avec elles, faire un gâteau, écouter leurs souvenirs… leur remonter le moral.” Elle n’est pas une spécialiste des troubles cognitifs ou de la dépression mais elle n’en a pas peur et cherche toujours à ramener la personne en terrain connu pour la rassurer.

Métier éprouvant

Mais ce métier qu’elle aime est néanmoins un métier très difficile, physiquement et moralement. La fatigue physique est due essentiellement aux toilettes des personnes alitées qu’il faut transférer du lit au fauteuil ; la fatigue psychique, Annette l’explique ainsi : « devant une personne qui souffre de troubles cognitifs, d’hallucinations ou de dépression, garder la distance nécessaire ou le sens de la répartie, cela demande beaucoup d’énergie et c’est assez épuisant. Beaucoup de jeunes auxiliaires abandonnent parce qu’elles n’avaient pas envisager tous les aspects de ce métier ».

Demande de reconnaissance

Vous l’aurez compris, Annette mérite un salaire qui, même en ajoutant les frais de déplacement (environ 300 kms par mois), reste modeste. Elle souhaiterait bénéficier de davantage de formations, d’une reconnaissance plus forte de sa hiérarchie et de certaines familles, être un peu mieux rémunérée pour un travail auquel de plus jeunes renoncent et enfin, chose qui ne dépend pas d’elle, avoir plus de temps à consacrer aux personnes les plus déprimées. « Certains me disent que ce n’est plus une vie et qu’ils voudraient mourir. Je pense qu’ils ne tiennent pas ces propos à leur famille. Ça les soulage de me dire qu’ils en ont assez et de savoir que je les entends… » Beaucoup la remercient d’ailleurs et, grâce à eux, elle a la satisfaction de bien faire son métier quand elle arrive à l’heure, leur apporte du réconfort et réussit à les faire sourire, même un peu.

On aimerait vraiment donner ne serait-ce qu’une prime à Annette et ces collègues auxiliaires de vie… Qu’en pensez-vous ?

Propos recueillis par Nathalie Cuvelier

1) Accompagnement, courses, démarches administratives, repas, sorties, toilettes, ménage.

Un commentaire

  1. Très beau récit, très proche de la réalité, malheureusement. Notre quotidien est rythmé par le temps d intervention, non par le besoin de la personne. Nos responsabilités sont de plus en plus importante, sans soutien, sans reconnaissance. Ne sommes nous pas encore, pour beaucoup, "la femme de ménage"....avec bien entendu la rémunération qui va avec.

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