Louisette Gomel: J’ai auparavant travaillé en maison de retraite et cela m’a permis de m’engager en connaissance de cause dans l’accueil familial.

Raymonde_Louisette

A 47 ans, Louisette Gomel a 10 ans d’expérience dans l’accueil familial. Épaulée par son mari et ses trois enfants, agréée, formée et suivie par le Département, elle a jusqu’ici accueilli dix personnes âgées dont six qu’elle a accompagnées jusqu’à leur décès. « J’ai auparavant travaillé en maison de retraite et cela m’a permis de m’engager en connaissance de cause dans l’accueil familial. C’est une activité exigeante et humainement enrichissante, qui n’est pas suffisamment connue et valorisée ».

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Raymonde, Jeanne et Michel sont tous trois nonagénaires, très dépendants et nécessitent des toilettes au lit et des soins infirmiers. Tous trois cohabitent sous le toit de Louisette depuis plusieurs années même s’ils vivent chacun un peu dans leur monde, coupés de leur mémoire récente. Pourtant, tous trois reconnaissent Louisette et lui sourient. « Les personnes que je reçois ont des histoires différentes. Elles arrivent de l’hôpital, du domicile, de maisons de retraite ou d’autres familles d’accueil. Elles ont besoin d’un temps d’ajustement, et moi aussi. En dix ans, j’ai renoncé à garder deux personnes en raison de comportements violents. » Raymonde, de tempérament doux et affectueux, a eu une période d’adaptation difficile.

Faciliter la venue des proches

« Heureusement, les familles sont en général très reconnaissantes et ce soutien nous aide beaucoup. » Louisette sort d’un tiroir un grand nombre de cartes postales, témoignages des liens tissés avec les familles au cours d’anniversaires fêtés ensemble et qui perdurent après le décès des personnes accueillies. Bien consciente que l’accueil des personnes âgées va de pair avec l’accueil de leur famille, Louisette et son époux ont aménagé un salon véranda avec une entrée indépendante pour faciliter leur venue. « Il n’y a pas d’heure ou de jour de visite, je leur demande juste d’éviter le moment des soins. » La maison de Louisette est située dans un village du Pas-de-Calais. Que les familles soient proches ou éloignées, elles sont relativement présentes. Le fils de Michel, qui vit en région parisienne, appelle tous les jours son père. D’ailleurs, le téléphone sonnera au cours de l’entretien et il confiera : « si mon père est encore en vie après sa chute et l’opération qu’il a subie, c’est grâce aux soins de Madame Gomel et de sa famille. »

Vivre au rythme des personnes accueillies

Michel_LouisetteL’époux, et les enfants depuis leur majorité, sont d’ailleurs agréés en tant que suppléants, ce qui permet à Louisette de s’absenter de temps en temps. Elle fait également appel à une association et rémunère une autre suppléante, elle aussi déclarée dans l’agrément. Louisette le reconnaît : ce métier peut isoler si on n’y prend pas garde. C’est difficile d’avoir une vie sociale à l’extérieur quand on exerce une activité où votre responsabilité est engagée jour et nuit ! Louisette s’est organisée pour avoir deux demi-journées à elle mais il lui est impossible de sortir à l’improviste. Une journée type commence à 6h45 et s’achève autour de 20h, s’il n’y a pas de réveil pendant la nuit. S’occuper de trois personnes dépendantes requiert beaucoup de discipline sur les horaires, ce qui permet à Louisette de tout faire dans le calme. Je sais le temps que prennent les repas et les toilettes et je préfère instaurer une certaine routine pour ne pas les brusquer ou les dérouter. Une personne âgée ne va pas un jour manger à midi et le lendemain à 14h ou, parce que vous êtes en retard, manger plus vite. C’est à moi de vivre à leur rythme. » Louisette aime néanmoins les petits « arrangements » introduits avec l’accord des familles, comme le p’tit café de 16h servi à Michel avec une goutte de rhum et qu’il accepte avec un « merci Louisette chérie ». « Une autre règle entre nous tous, le potage frais servi midi et soir ! »

Valider des compétences liées à l’expérience

« Le chirurgien qui l’a opéré après sa chute m’a dit que je faisais un boulot formidable. C’est bien la première fois depuis que j’accompagne des personnes âgées à l’hôpital qu’un médecin reconnaît mon travail. Il a compris pourquoi il est important que je sois aux urgences à leur côté… » Louisette n’a pas de diplôme. Pourtant, entre l’expérience en maison de retraite et les dix années d’accueil familial, elle revendique de solides compétences professionnelles. Elle a beaucoup appris au contact des personnels soignants qui viennent à domicile (kiné, auxiliaire de vie, infirmière, médecin) et si elle avait du temps, elle entreprendrait une validation des acquis de l’expérience (VAE). En attendant, Louisette gère sa petite entreprise avec comme objectif le bien-être des personnes accueillies. Elle perçoit une rémunération qu’elle trouve raisonnable (1) mais qui ne lui permet pas de prendre plus d’une semaine de vacances par an.

« Il faut le savoir avant de se lancer. De toute façon, on ne peut pas faire cet accueil uniquement pour des raisons financières. C’est important de gagner sa vie mais ce qui nous fait tenir, c’est le sentiment d’utilité et la gratitude des familles.»

Propos recueillis par Nathalie Cuvelier

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(1) Le contrat d’accueil établi entre la personne accueillie et l’accueillant fixe le montant des 4 parties financières que sont la rémunération, les congés payés, les sujétions modulables en fonction de la charge de travail liée au handicap ou à la dépendance de l’accueilli, les frais d’entretien et le loyer. Pour un accueil permanent, l’accueillant perçoit mensuellement entre 1188 € nets pour une personne autonome (soit 38,93 € par jour) et 1532 € nets pour une personne très dépendante (soit 50.23 € par jour), hors loyer pouvant varier de 108 à 180 €. Ces montants sont multipliés par le nombre de personnes accueillies. Le coût du remplacement s’aligne en principe sur les modalités financières inscrites dans le contrat.

 

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