Maladie de parkinson le karaté au service du mouvement - Aidant attitude

 

Responsable rééducateur du secteur traumatisés crâniens et neurologie polyvalente du Centre Calvé à Berck-sur-Mer, David Gerardy accompagne depuis plus de 15 ans des patients atteints de la maladie de Parkinson. Avec le soutien de la Fondation Hopale et de France Parkinson, il milite pour former les moniteurs de clubs sportifs à l’accueil de personnes souffrant de troubles neurodégénératifs. Témoignage d’un praticien karateka aguerri,convaincu des bénéfices d’une activité physique comme le karaté dans la prévention de l’avancée de la maladie de Parkinson.

« Dans l’exercice de mon métier, j’ai rencontré des difficultés à gérer ces patients. J’ai mis du temps à comprendre les mécanismes clés de cette maladie et les troubles du blocage. J’avais le sentiment de ne pas pouvoir faire quelque chose pour débloquer les mouvements de mes patients. Souvent, ils arrivaient trop tard pour activer d’autres ressources. »

David Gerardy revient sur la spécificité de cette maladie.

« Elle atteint les cellules qui répondent à la dopamine, ce qui entraîne chez la personne une perte progressive de mouvements automatisés d’où les blocages typiques de cette maladie. La personne a bien l’intention de faire le geste mais ses membres n’obéissent pas. La personne est raide, immobile, on parle de freezing lorsque cela arrive au cours d’un déplacement. Alors qu’elle en a la volonté et la force, ses mouvements deviennent plus lents et perdent en amplitude, on parle alors d’akinésie. Ce qui est dur, c’est que la personne n’a pas la conscience de ses pas qui rétrécissent ou de ses épaules qui s’affaissent. Elle ne se rend compte de sa position que confrontée à son image, dans un miroir. L’impact de l’état émotionnel sur les capacités physiques est une autre spécificité de la maladie. Si la personne s’énerve, elle se verrouille encore plus. »

Dans son métier, David Gerardy aide ses patients à trouver et développer des stratégies de contournement en allant mobiliser les zones cérébrales qui fonctionnent encore bien. Et c’est là qu’il est convaincu que l’activité sportive doit entrer en jeu le plus tôt possible, idéalement dès l’annonce de la maladie.

Enlever sa blouse blanche, adopter un autre point de vue

C’est suite à un colloque de France Parkinson en 2017 et à la lumière d’une étude américaine de l’université de Chicago réalisée pendant deux ans sur plus de 3500 patients atteints de Parkinson que David Gerardy, qui pratique le karaté pour son équilibre et épanouissement personnel, a voulu promouvoir la pratique du sport pour ces personnes.

« Les docteurs Fanjaud, neurologue à l’institut Calot, et Kouadio, médecine physique et de réadaptation, m’ont suivi et nous sommes intervenus dans 6 clubs de karaté au sein de l’organisme de formation de la Fondation Hopale.  En 2020, France Parkinson va financer la poursuite de cette action. »

Ces deux structures militent pour que cette maladie puisse bénéficier du sport sur ordonnance et pour créer un répertoire des clubs inscrits dans cette démarche d’activité physique adaptée.

« C’est important d’enlever parfois sa blouse blanche, d’adopter un autre point de vue, de sortir des actes techniques et d’encourager la personne à essayer ce qui peut lui faire du bien. »

C’est ce que Pierre a fait auprès d’un moniteur de karaté formé par David et qui témoigne : « Pierre était recroquevillé sur lui-même au premier cours, il n’arrivait pas à faire des mouvements simples d’échauffement. Il était stressé d’être confronté à une situation nouvelle. »

Pierre, de son côté, explique qu’il y avait plein de choses qui s’accumulaient dans son cerveau et qu’il perdait complètement ses moyens. Avec la pratique du karaté, il a retrouvé de la souplesse, une meilleure discipline dans la respiration et une plus grande mobilité.

De nouvelles ressources, dans un contexte de loisirs

David insiste aussi sur l’importance des messages à faire passer aux proches, de manière informelle et dans un cadre non médicalisé.

« On leur explique insuffisamment les mécanismes de la maladie. Il faut qu’ils comprennent que le patient ne manque ni de volonté ni d’envie mais qu’il est « empêché » dans son geste, d’où la nécessité d’apprendre à décomposer les mouvements, dans le calme. Avec la pratique du karaté, on active des zones cérébrales qui gèrent de nouveaux apprentissages et non des gestes automatisés. Le karaté permet à la personne de se recentrer, de trouver son équilibre émotionnel puisque chaque geste est décomposé. On compte tout le temps, on travaille en séquence puis on réassemble les enchaînements. Et cette gestuelle se fait en rythme, comme dans le cas de la danse qui est aussi une bonne pratique sportive pour les malades atteints de Parkinson. En tapant dans les mains, on peut limiter les blocages dans les déplacements. »

Au travers de ces disciplines sportives, la personne apprend à se redresser, à retrouver de l’amplitude dans ses gestes et à développer des stratégies motrices pour contourner ce qui bloque en elle. Ce lâcher-prise leur permet aussi de ralentir leurs pensées qui souvent s’accélèrent avec le stress et ralentissent encore plus leurs gestes. Aller le plus tôt possible à la conquête de nouvelles ressources dans un environnement de loisir, c’est tout l’intérêt d’une pratique sportive adaptée, encadrée par des moniteurs formés à des pathologies spécifiques.

Propos recueillis par N. Cuvelier

Le centre Jacques Calvé de la Fondation Hopale est un centre de rééducation et de réadaptation. Ses équipes pluridisciplinaires accueillent des patients ayant besoin de rééducation à plus ou moins long terme et s’attellent à soigner, rééduquer et réinsérer. L’activité du centre se concentre sur deux filières : neurologique (blessés médullaires, cérébro-lésés, sclérose en plaques, AVC, neurologie polyvalente…) et orthopédique (orthopédie générale, rachis, amputés vasculaires, prise en charge du sportif…).

Dans tous les cas, notamment les plus sévères, ici on adapte l’environnement et on préconise les gestes et aides techniques nécessaires à la réappropriation d’une certaine autonomie.L’établissement compte 307 lits en hospitalisation complète et 60 en hospitalisation de jour, 50 kiné, 30 ergothérapeutes, 6000 m2 de plateaux techniques spécialisés, une balnéothérapie, une salle de marche en suspension (salle Vector-Elite), un atelier de fabrication de prothèses sur mesure, un appartement thérapeutique (Dom’Hopale), une auto-école adaptée…

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