patricia-acensi-ferre

Fondatrice du cabinet SynchroniCités, et de l’association Envie 2 Résilience, Patricia Acensi-Ferré aide les entreprises à accompagner les salariés après une longue absence. Une initiative créée après un cancer qui l’a conduit sur le chemin de la résilience professionnelle. Un outil nécessaire après l’épreuve du Covid-19…

Aidant attitude : Vous travaillez sur la résilience professionnelle depuis plusieurs années. Quelle définition pouvez-vous en donner ?

Patricia Acensi Ferre :

Selon Boris Cyrulnik, la résilience est la capacité à vivre, à réussir et à se développer en dépit de l’adversité. Appliquée au monde du travail, la résilience professionnelle génère une nouvelle forme de performance individuelle et collective. Après un traumatisme, deux réactions sont possibles : un état de sidération ou un autre possible. Le Covid-19 va engendrer de nombreux traumatismes, encore trop tôt à évaluer.

Aidant attitude : Comment appréhender-vous la situation actuelle de confinement ?

Patricia Acensi Ferre : Elle est une opportunité improbable et radicale. Être confiné loin de ses proches, notamment vulnérables, est une épreuve. Elle nous interroge aussi sur notre relation au travail et le sens de nos priorités.

Aidant attitude : Comment travaillez-vous ?

Patricia Acensi Ferre : Jusqu’au démarrage de la crise sanitaire, nous accompagnions, par la formation, le conseil et le coaching, les entreprises sur la question du retour au travail après une longue absence par des actions de prévention, de maintien du lien et de pré-reprise et de reprise.

Pour faciliter les retrouvailles ou les « dignes » séparations, nous mobilisons l’ensemble des parties prenantes, RH, médecine de prévention, partenaires sociaux, autour de la personne qui revient. Nous formons notamment les managers à la conduite des entretiens de ré-accueil.

Cette question du retour au travail après une longue absence devra être posée globalement après l’épisode du Covid sous peine de manquer les retrouvailles et de susciter des doubles-peines.

Aidant attitude : Les retours à l’emploi sont difficiles ?

Patricia Acensi Ferre : Oui, c’est même un véritable tabou que nous devons lever. La vulnérabilité n’est jamais bien vue dans le monde de l’entreprise. Pourtant les personnes qui ont vécu des expériences difficiles, les « gueules cassées » sont riches d’autres compétences tout à fait transférables et souhaitables pour (ré)humaniser la performance. Ils deviennent des experts de la transformation sur lesquels il est possible de prendre appui.

Aidant Attitude : Les aidants sont-ils considérés comme des personnes au parcours traumatique ?

Patricia Acensi Ferre : je perçois la question des aidants comme le « cheval de Troie » de la vulnérabilité au travail. Ils permettent d’évoquer cette question de manière indirecte en responsabilisant le rôle de l’entreprise. Il est évident que leurs quotidiens professionnel et personnel sont bouleversés et peuvent nécessiter des aménagements… et de la solidarité.

Aidant Attitude : Quelle leçon, selon vous, nous donne l’expérience du Covid -19?

Patricia Acensi Ferre : Cette époque est historique et sans commune mesure. Elle est aussi une opportunité pour voir advenir d’autres possibles. Ceux qui ont déjà connu des effondrements personnels ou professionnels le savent. Ils peuvent montrer la voie.

La prochaine édition du Prix de la résilience professionnelle ne manquera pas de nous les révéler pour nous en inspirer.

Propos recueillis par Sandrine Youknovski

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont signalés par des *