Jeunesse fragilisée, aidants épuisés, seniors inquiets, la crise sanitaire semble avoir creusé les inégalités déjà prégnantes au péril d’une fracture générationnelle. François Xavier Albouy, directeur de recherche de la chaire « Transitions démographiques, transitions économiques » Paris Dauphine, nous livre son éclairage sur cette question.

 

Aidant attitude : Y a-t-il actuellement une rupture générationnelle comme s’en inquiètent certains gérontologues ?

François Xavier Albouy : Une de nos missions à la chaire est d’observer les relations intergénérationnelles. Et actuellement, rien n’est naturel : la crise sanitaire a affecté les trajectoires des jeunes. Leurs destins vont donc être différents de ceux des générations précédentes avec beaucoup d’incertitudes et de précarité. Or, pour que les relations entre les générations se reconstruisent, il est nécessaire que les destins s’harmonisent. Cela réclame de nos sociétés d’investir dans l’accès à l’éducation et au travail et dans la santé qui sont les marqueurs indispensables du bien être d’une population. On a laissé depuis longtemps la jeunesse en jachère. Plus de 1,5 million de jeunes sont sans emploi et sans occupation, et la situation s’est aggravée pendant le confinement. Ces inégalités créent des situations dramatiques, isolent les plus fragiles et témoignent d’une société malade.

 

Aidant attitude : La crise sanitaire a-t-elle transformé les relations entre les générations ?

François Xavier Albouy : La crise du Covid a révélé et accentué des problèmes qui existaient déjà depuis longtemps. Ce qui importe désormais, c’est de trouver des solutions pour y remédier. Pour cela, comme je le disais précédent, il est indispensable d’investir dans l’éducation qui a pris du retard avec le confinement. Il est également urgent de réformer le système des retraites, de l’harmoniser entre toutes les professions et de rassurer les jeunes sur leur avenir avec la mise en place d’un système épargne retraite obligatoire. Enfin, les seniors doivent pouvoir bénéficier de formation même au-delà de la retraite car les activités doivent être développées à tous les âges. Il faut savoir que les personnes âgées actives gagnent trois ans et demi d’espérance de vie par rapport à celles qui n’ont pas d’activité.

 

Aidant attitude : Les aidants ont été également très affectés par la crise sanitaire. Comment les aider à passer le cap ?

François Xavier Albouy: Les aidants sont de plus en plus nombreux et vont l’être davantage en raison du vieillissement de la population. C’est une population silencieuse et à risque, alors que tout le monde à un moment de sa vie peut se retrouver aidant. Ils devraient ainsi bénéficier de plus de congés et de davantage de services : portage des repas, accompagnement logistique… Par ailleurs, au sein de l’entreprise, la stigmatisation doit cesser. Les aidants doivent être reconnus et leur retour à l’emploi accompagné. L’entreprise a tout à gagner d’utiliser leurs compétences acquises pendant leur vie d’aidant.

Les femmes aidantes rencontrent également des problèmes spécifiques au niveau de leur santé, dégradée par l’aidance et par leurs faibles revenus.

Certains dispositifs pourraient aider à réduire ces inégalités, comme la création de produits financiers destinés aux petites retraites, la mise en place d’une assurance dépendance obligatoire et la création d’un revenu minimum senior pour les plus de 80 ans qui disposent de petits revenus.

 

Aidant attitude : Comment sortir alors de cette crise générationnelle?

François Xavier Albouy: Quatre générations coexistent pour la première fois dans l’humanité avec un quart de la vie passée à la retraite. Les jeunes sont exclus de la société et de l’accès à l’emploi. Or, lorsqu’une personne n’a pas d’emploi a 30 ans, elle ne peut pas fonder de famille, acheter une voiture ou investir dans l’immobilier. Les seniors doivent servir de tuteurs aux plus jeunes et les aider à s’insérer. Cela nécessite une adaptation de la politique publique et un changement dans les mentalités. La retraite telle qu’on la concevait dans les années 80 est révolue, elle doit aujourd’hui être active.

 

Propos recueillis par Sandrine Youknovski

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